Zombie – Un mal du XXème siècle

(Trimtab accueil P0temkin dans le cadre d’un Guest-Blogging)

Le thème du revenant, ou mort-vivant, existe depuis la nuit des temps. Les civilisations ont toujours tenté d’apaiser la souffrance ou le courroux des morts, mais surtout empêcher leur retour sur Terre, par l’intermédiaire de cultes, d’offrandes, de sépultures. Si la mort dérange, la non-mort terrifie. Mais la peur du zombie est particulièrement représentative de notre époque. Explications :

De nos jour, le zombie est partout : dans les séries (The Walking Dead/Dead Set), les jeux vidéo (Dead Rising/Resident Evil/Left 4 Dead), les films (est-ce vraiment utile de vous rappeler les plus gros titres ?), la littérature (World War Z/Pride and Prejudice and Zombies) ou encore dans la rue, lorsque des cohortes de fans se réunissent en de formidables « Zombie Walk », « Zombie Day », j’en passe et des meilleurs. Pourquoi ?

Le zombie est un élément paradoxal de la peur et de l’espoir qui anime l’humanité depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Contrairement au vampire, il est dénué de toute forme de logique ou d’intelligence. Il est repoussant, en perpétuelle putréfaction. Il est lent, stupide, mais résistant, insatiable, ne dort jamais… Et il envahirait surtout le monde en quelques semaines.
Pourquoi le zombie nous dérange-t-il tant ? Au-delà de son aspect, en passant outre le fait qu’il prenne l’apparence de nos proches, ou d’êtres qui nous sont chers, au-delà, même, du sacrilège anthropophage ?
Tout simplement parce qu’il pointe de son doigt corrompu par la pourriture toutes les failles de notre société : les limites physiques de l’homme d’une part, mais aussi scientifiques, et sociales.
Nous parlons d’un mal qui s’attaquerait directement à l’être, dans sa chair. Et l’épidémie serait d’autant plus rapide que les foyers d’infection sont vastes. Si New York était touchée, nous aurions 8,2 millions de zombies potentiels !
Les voies de communications rendraient rapidement la pandémie mondiale. Et la médecine actuelle est toujours présentée comme impuissante à y trouver un remède.
Le zombie remet donc en cause les fondements de notre civilisation. Il n’est pas plus fort, sur un plan physique. Il profite juste d’un double atout temporel : sa capacité d’expansion, et sa survivance. Il dispose d’une éternité pour corrompre l’humanité, mais sa rapidité de diffusion est exponentielle.

T-shirt à l'usage de nombreux geeks

Pourtant, une bonne petite guerre zombie ferait plaisir à plus d’un geek. Là encore, si les raisons semblent obscures, elles sont en vérité d’une simplicité presque enfantine.

Dans l’imaginaire commun, si l’on se fait mordre, c’en est fini. Passons sur les 10 à 20% de l’humanité qui devraient être naturellement immunisé contre l’infection comme c’est toujours le cas, présumons simplement qu’ils finissent dévorés. Il est assez simple de faire son choix lorsque les camps sont aussi tranchés. Du manichéisme pur.

Si les zombies infestent le monde, finit l’économie, la peur du lendemain, les équilibres géopolitiques, ou les inégalités flagrantes. Le drame humain sans précédent favoriserait une catharsis générale ; seuls importeraient alors l’entraide, la sauvegarde des dernières valeurs morales dites élémentaires. Nous serions face à une redistribution totale des rôles : la survie obligerait l’homme à se recentrer sur des valeurs tangibles, ses capacités physiques, ses aptitudes, sa faculté d’adaptation, sa rapidité de réflexion. Ne serait-ce que le fait d’être un survivant créerait un sentiment de supériorité étrangement coupable. Et le meilleur moyen d’expier serait de réussir à pérenniser l’espèce.

Le zombie est un mal ; le syncrétisme de toutes les failles sociales ; une malédiction, mais également une source de rédemption. Le mal qui favoriserait le bien, qui introduit, produit même une expurgation. Comme l’homme, le zombie exploite sa ressource jusqu’à ce qu’elle se tarisse complètement, et il ne se soucie guère des civilisations.

L’homme n’est pas, ou plus, un combattant aguerri qui pourrait se débarrasser de la menace zombie à l’aide de sabres, épées, ou ses propres poings… Imaginez ne serait-ce qu’un instant nos ancêtres médiévaux livrés à une telle infestation, et vous aurez les plus beaux bûchers de l’inquisition dont on puisse rêver !
Dans le futur, il y a tout simplement de fortes chances pour que la technologie nous permette d’en venir à bout si ce n’est individuellement, au moins militairement. Sans doute la médecine se moquera-t-elle de telles croyances.

Mais en attendant de voir les zombies disparaître complètement du champ culturel, surtout, rassurez-vous, mes chers petits amis ! Car, qu’on se le dise, le mythe du mort-vivant qui déchire des kilos de viandes sanguinolentes à la force de ses petits doigts musclés a encore de beaux jours devant lui.