Billets Analogues
Salut l’artiste, tu as une seconde pour la faim dans le monde ?
Les rues ne sont plus sures, c’est bien connu. Mais de nos jours, un nouveau fléau a pris la place de Jack l’Éventreur, dans le rôle de celui qui terrorise les honnêtes citoyens…
C’est le Colporteur.
Pour ceux qui ont la chance de ne pas avoir le profil type du mec qui donne, en général, de la tune, je vous explique rapidement le modus operantis de ce fléau des rues.
1°) Repérage :
Ils guettent les passants, à la recherche de la cible parfaite. Ils savent identifier le jeune homme pas trop pressé avec une bonne tête. Attention, un casque sur les oreilles ne va pas leur faire peur !
2°) Approche :
Ils vous abordent. Les techniques sont très variées.
- Salut l’artiste, je peux te demander un renseignement ?
- (Je retire mon casque…) Oui.
- J’aimerais savoir si en ce beau jour d’été, sur le boulevard St Michel, tu n’es pas fâché avec la banlieue…
Notez que le coquinou va utiliser une phrase d’accrocher anodine pour tromper sa proie ! Ces phrases qui laissent présager qu’il va simplement demander un renseignement !
Vu aussi :
- Saurais-tu où se trouve la Fnac ?
- Tout droit direction Odéon et c’est à gauche.
- Et bien, figure toi que j’ai mieux que la Fnac ! Voici l’auto-biographie d’un jeune leucémique qui a besoin d’argent pour payer sa chimio !
Vous voilà entre leurs griffes, vous avez répondu, vous êtes arrêtés, partir va devenir très difficile. Courage c’est n’est que le début, car c’est parti pour le speech de 5 min. où ils te foutent dans les mains un imprimé de merde genre « 100 blagues pour toute la famille » ou « Les meilleures citations du XXIe siècle » et…
3°) Attaque :
ils inventent un gros mensonge pour justifier la vente de leur merde…
- Nous voulons ouvrir un foyer pour femmes battues.
- Nous voulons créer une troupe de théâtre pour les enfants défavorisés.
- Nous voulons créer une MJC.
4°) Négociation :
Je n’ai jamais acheté un de leurs trucs, car c’est toujours 10 euros, et faut pas déconner, le jour où je claquerais 10 euros dans une rue, pour une espèce de connard, Trimtab fera l’apologie de Sarkozy… Et à ce moment-là, ils essaient de vous taxer quand même un truc, même minim histoire de ne pas avoir perdu leur temps.
- Bon, ben tu peux quand même donner une pièce ou deux, pour nous aider…
- T’as pas une clope sinon ?
- Un ticket restaurant ?
Aucun honneur les mecs…
5°) Conséquences :
Vous vous cassez, vous avez perdu au mieux 10 min, au pire, 10 min et de l’argent. Car ils s’en branlent complètement de vous faire perdre du temps… Un « Non-merci » ou un « Désolé, je suis pressé » n’aura pas raison d’eux. Ils vous expliquent que ce sera rapide et commencent leur petit discours.
Et le plus fort, c’est que les vraies assoc’ s’y foutent aussi. Elles envoient 15 jeunes avec des t-shirts « Aids » « Médecin sans Frontière » ou « Action contre la faim » et ils sont tout autant casse-couilles, ils s’en tapent de la cause, ils veulent juste faire remplir aux passants innocents une autorisation de prélèvement mensuel, mais eux en plus, ils ont reçu une formation pour vous aborder. Ca donne des approches encore plus insupportables, comme un type qui vous tent les bras en disant « Vous voulez faire le bien« … Arg !
6°) Dommages collatéraux :
Si vous n’avez rien donné, le sourire triste du jeune colporteur et sont « Bonne journée » restera gravé dans votre mémoire et si vous avez donné, vous prendrez conscience que vous avez 10 euros de moins sur vous et que bordel, 10 euros c’est deux paquets de clopes, un Mac Do, une place de ciné…









Ça a falli m’arriver par une ONG mardi dernier.
Au bout de 2 minutes mon interlocuteur m’a laché « Au fait, vous êtes majeurs ? », et là je réponds « non » et c’est la libération.
(en même temps j’suis con, j’aurais répondu « oui » si j’étais majeur)
C’est marrant que tu parles de ça. Ca m’est arrivé pas plus tard que mardi dernier et l’attitude du type qui essayait de me refourguer ses cartes plastifiées pour-aider-les-jeunes-de-banlieue m’a beaucoup beaucoup énervée : après avoir poliment écouté son speech, je lui ai dit, qu’en toute bonne foi, je n’avais vraiment pas un sou à lui donner et que j’étais désolée. Là, le type en question m’a lancé un « ouais c’est ça, merci de ton grand coeur » sur un ton plus que méprisant.
Que ce type, qui ne connaît ni ma situation financière (je pourrais très bien être à découvert de 800 euros), ni d’où je viens (je pourrais très bien moi aussi venir de banlieue), ni rien sur moi, ose mettre en doute ma bonne foi, ça m’a tout simplement foutu hors de moi. Et pour le coup, ça m’a donné une raison de plus de ne rien lui acheter…
Il ne faut pas oublier que ce sont finalement des mendiants 2.0
Donc ils n’ont rien à perdre à être désagréable. Quelqu’un qui est assez impliqué dans un projet pour VRAIMENT rechercher des fonds dans la rue ne réagirait jamais ainsi, c’est certain.
Je ne donne que rue St Denis, moi.
J’suis à la bourre pour répondre à ce post (mieux vaut tard que jamais, non ?). Juste pour donner mon conseil avisé quant à la deuxième catégorie : les association sérieuses.
Tout d’abord, j’explique comment ça c’est passé pour moi :
Je suis tranquillement en train de me promener dans la rue avec une amie quand soudain un mec, veste retournée, s’approche de moi, il est seul et m’interpelle par un « Excuse-moi ». Je m’arrête pensant que c’est quelqu’un qui cherche son chemin. Le gars me demande une clope (cling* déjà ça de perdu) et m’explique qu’il est de la croix rouge, et me demande si j’ai du temps à lui consacrer. Qu’à cela ne tienne, j’ai tout mon temps (et je suis un brin naïf). Le mec m’explique pendant 5 minutes toutes les belles choses que fait la Croix Rouge et termine par un « bon maintenant, est-ce que vous êtes d’accord avec ce qu’on fait ? ». Le mec viens de te démontrer pendant 5 minutes qu’ils sauvaient des petits africains, des junkies, des vieux, des fêtards. Je ne pouvais que répondre par « Oui » ce à quoi il a répondu « Bon ben vous nous donnerez bien un peu de sous alors ». Là, tu comprend que le piège vient de se refermer. « Ben, c’est à dire que je suis étudiant, j’suis pas forcément super riche » – « t’inquiète pas on prend à partir de 7€ ». Il te tendent un papier ou tu mets tes coordonnées et ton numéro d’identité bancaire (parce que oui, il demandent des dons mensuels). Allelujah, voici l’aubaine attendue « j’ai pas de RIB sur moi et je connais pas mon numéro par coeur » – « Pas de problème, on vous accompagne à la banque ». Là son collègue planqué depuis le début sort de nul part et t’accompagne, escorté tu fini à ta banque, ne sachant trop quoi faire (ta conscience te dis « c’est mal de se barrer ») Mais comme ils n’ont pas pu rentrer dans la banque et que tu es de toute façon pris au piège, tu cherche une solution. Et quand tu sors et que tu vas voir le mec, en disant « J’suis désolé, je suis interdit bancaire » tu te dis que ton génie est immense.
ça c’est la solution s’il est trop tard, mais tu peux également prévoir le coup. Maintenant quand je vois une dizaine de personnes dans la même rue, avec des dreads et des papiers, accostant tout ce qui bouge et qui est en âge d’avoir un portefeuille je prépare ma phrase, sourire au lèvres. « Excuses-moi !? » – « Je donne déjà les gars, par internet ». Le sourire triste du jeune colporteur se transforme en effusion amicale « Ah c’est génial merci les gars » et tu passe ton chemin, tranquillement avec une haie d’honneur. Et d’un coup, même si tu sais que c’est un gros mensonge, tu te sens fier de ta bonne action : Celle d’avoir donné le sourire à un colporteur. Tu n’as perdu ni temps, ni argent et tu pars tête haute tel un hero.