Billets Analogues
Retour sur le Téléthon et le Sidaction
Boulevard St Michel, il y a un type qui vend, depuis des années, des cartes postales afin d’ouvrir un foyer en banlieue pour les jeunes. Naturellement « Ouvrir un foyer pour les jeunes de banlieue » est une métaphore, voulant en réalité dire « Payer ma bière et mes clopes« .
Je le croise souvent et au fil des années, j’ai pu assister à la baisse notable de son succès.
Avant hier, je le croise devant la Fnac de Montparnasse en train d’expliquer à un type en costume qu’il doit payer un billet de train avant ce soir et qu’on lui a volé sa carte bleue. L’homme lui tend un billet de 10 euros, l’escroc lui inscrit un nom et une adresse sur un morceau de papier, le remercie et s’éclipse.
La technique pour prendre de la tune aux gens de l’homme du boulevard St Michel, trop agaçante, trop répétitive, connue de tous, ne fonctionnant plus, il en a changé.
Cette attitude est remarquable et me permet d’introduire (non sans peine) un sujet que j’ai envie de remettre sur le tapis, d’autant qu’il est plus que jamais d’actualité…
J’avais aussi évoqué le Téléthon il y a quelques semaines. Vous aviez pleurniché, comme d’habitude, mais j’ai envie d’y revenir. Déjà parce que je pense qu’il est nécessaire, en ce moment, d’affirmer sa position face au débat, d’autre part pour vous faire hurler un peu, car c’est rigolo.
Il est donc grand temps que le Téléthon change d’approche car aujourd’hui, c’est le Confession Intime de la générosité.
On vous montre le pire, le plus pathétique, le larmoyant, le fond du fond pour vous faire penser que vous êtes heureux. Et deuxième service, on vous offre la possibilité de devenir un « bon« , un « généreux » en donnant quelques euros.
Le débat a lieu en ce moment, c’est le désert, le bonus. Après avoir constaté que vous êtes heureux et en bonne santé, après être devenu un généreux donateur pour une bien noble cause ( = des enfants qui ne peuvent plus marcher), vous aller devoir les défendre contre les méchants cyniques qui les dénoncent le fait de les exhiber.
Vous allez vous affirmer, dire que c’est scandaleux, horrible, que ces enfants souffrent et que personne ne peut sonder leur douleur et celle de leur famille ! Vous aller vous lever pour protéger une cause que trop peu de gens osent critiquer.
C’est vrai que le Sida c’est plus simple de s’en foutre, vous êtes convaincu que c’est une maladie d’homo, de noirs et de drogués (ce qui est globalement vrai) donc ils reçoivent moins de tunes. Je ne trouve pas ça forcément très grave compte tenu des méthodes utilisées par les associations de prévention contre le sida, mais l’exemple permet de constater que le marketing et l’emballage sont les chose les plus importante pour vous faire cracher un don.
Et sinon, demain je vais manger une tartiflette avec des gens de Twitter et je n’ai pas mis d’image dans cet article, c’est pas bien, il y a du relâchement.









Je doute qu’à échelle mondiale, la recherche contre le sida soit moins bien financée que celle contre la myopathie.
M’enfin, m’est d’avis à penser qu’on en aurait pas à en venir à ce genre de cirque si, au lieu de financer un trou de la sécu toujours plus grandissant ainsi que les allocations de chomage de milliers de glandeurs, on injectait de l’argent dans la recherche scientifique.
Après, pour ce que j’en pense hein ?
La tartiflette, c’est trop un truc de paysan.
Oui, mais ca rapporte de l’argent à tous le monde, pas qu’à la recherche. J’ai déjà travaillé pour des soirées caritatives et je peux t’assurer que rien que pour rembourser les frais de soirées et les stars payées pour venir, il ne reste plus rien pour l’association héritière des dons. Mais quelle soirée ! Tout le monde est ravis et félicitent les organisateurs qui pourront en faire une plus importante et plus couteuse l’année suivante. On peut faire carrière dans le strass et les paillettes avec la misère et la maladie.
Bien entenedu, les médias ont simplifié le véritable propos de Pierre Bergé: c’est pas tellement qu’on donne plus pour la lutte contre la myopathie que pour celle contre le sida qui le choque, c’est plutôt que ça passe par un appareil public (France Télévision), et que tout à coup on-ne-sait-pas-trop-pourquoi, des gros moyens sont donc mis en place par cette émission et les bénéfices reversés à cette seule association. L’idée derrière, ce serait de plutôt faire une grosse émission de générosité certes, mais de reverser ensuite plus « équitablement » derrière aux différentes causes.
Bon, de toute façon, tu vois tout de suite le malaise derrière ça: qui pourrait décider comment se partager la part du gâteau ? Il n’a pas spécialement fournit de réponse.
D’autant que derrière, il dit que de toute façon, il est pour le don privé: il critiquait simplement le côté « utilisation de la machine publique ». Perso, ça me rend encore plus confus: si je donne parce que je l’ai vu à la télé publique, ça n’en fait plus un don privé ?… Mouais.
Bon, après, il en parlait sur Europe 1 ce matin: il est plutôt content du débat lancé de toute façon (c’est à la mode en ce moment…): ça a permis plus de transparence sur les chiffres du téléthon, justement. (Et au passage, on apprend que dans leur finance, il y a plusieurs centaines de millions d’euros placés en produits financiers; à la limite, c’est peut-être là qu’il faudrait agir: même si ça peut rapporter, une association caritative a-t-elle vraiment le droit de spéculer ?…)
Voilà, tout plein de questions, quoi…
Gyom, je vais faire simple.
+1 !