Billets Analogues
Quand on veut, on veut
*Guest-Blogging
J’ai perdu à l’Euromillions.J’étais très heureuse d’avoir perdu ; je me suis enfin sentie comme tout le monde. L’Euromillions est sans doute le jeu le moins évolué après la marelle. Et pourtant cocher quelques chiffres en se disant que dans 24h, peut-être que nous serons millionnaires –même sans y croire-, c’est bien plus jubilatoire qu’une belotte, j’vous le dis.
Du coup, je n’ai joué qu’une fois, juste assez pour perdre et pour légitimement pourvoir hurler« j’ai perdu ! »
C’était très agréable.
En vrai, ces jeux-là me dépassent. J’ai arrêté de vouloir gratter les cases grises des tickets de la Française des jeux depuis mes 8ans, lorsque j’ai compris que ça en foutait plein les ongles et que « Française des jeux » était devenu le surnom moqueur de Daniel, la victime de la classe plein d’eczéma qui passait sesjournées à se gratter.Malgré tant d’acharnement à l’ouvrage, il n’a jamais rien gagné lui non plus.
C’est là que dans ma tête s’est prononcé l’éternel « Si j’avais gagné, qu’en aurais-je fait ? »La question est navrante de banalité, la réponse l’est davantage : acheter un appartement, et puis ?
Il faut arrêter de penser que l’immobilier remplace la santé et que la richesse comble le manque de valeurs humaines. Mais dans le doute, on peut entretenir ces convictions.
En y repensant, je suis sortie de mes gonds, au fait, qui a inventé l’expression « Quand on veut, on peut ? ». Allez dire ça en engloutissant une tablette de chocolat devant un diabétique et à un enfant qui essaye d’attraper le paquet de Nesquick tout en haut de armoire.
J’ai décidé de me lancer, parce que le jour où je gagnerais à l’Euromillions, j’aurais pas l’air bien maligne dans un grand appart vide a avoir peur de l’orage. Assise dans mon fauteuil, le rouge bien poussiéreux, et je me suis mise à écrire des lettres d’amour.
Pour les jeunes, les vieux et les couguars, pour les hommes et les femmes, et enfin, celles compatibles pour tous types de destinataires.
Je me demande si ma génération nous offre l’immense pouvoir d’écrire des lettres émouvantes et assez poignantes pour atténuer le risque de paraître has been en usant du charme inimitable du papier qui se déplie, de l’écriture manuscrite qui se délie, de l’encre quicoule et du poignet qui glisse, l’enveloppe qui se froisse puis se conserve durant toute une vie.
Parce que « toute une vie », c’est une formule toute faite qui ne s’utilise que dans les lettres d’amour.
J’ai mis du cœur à l’ouvrage, soigneusement plié chaque lettre dans une enveloppe conventionnelle sur laquelle j’avais inscrit des noms d’inconnus trouvés dans l’annuaire,qui sonnaient bien. Ceux qui pourraient potentiellement partager ma future fortune, mon amour etmon lit.
Au pied de mon fauteuil rouge, j’ai des flopés d’enveloppes timbrées, débordantes de motsd’amour. Sur la table basse, des piles de grilles d’Euromillions.
Quand on veut, on peut.
Qui a inventé ça, déjà ?









J’adore ! Merci !
Je me suis encore régalée!
Bonne base, bonne base…
Qui a inventé ça ?
Le môme, manchot, devant l’armoire à nesquick, a qui on a dit « pas de bras, pas de chocolat » ?
C’est jamais que la 236 745 eme fois qu’on lit cette histoire. La prochaine fois, je te conseille un remix du « je suis mort et je marche sur une plage, et ma vie défile ».
Napoleon aurait dit : « Quand on veut, on peut ; et quand on peut, on doit ! »