[an error occurred while processing this directive] [an error occurred while processing this directive]

Pour une paire de Louboutin

Je connais une fille qui porte des Louboutin comme on porte des charentaises. Comme elle habite au rez-de-chaussée, elle peut sans gêner personne frapper son parquet flottant de ses escarpins rouges.

Au risque d’en froisser certaines – beaucoup – je crains qu’il ne s’agisse de la seule manière decente de porter ces souliers qui font pourtant briller les yeux des femmes.

Mais de quelles femmes ?

C’est tragique mais à 500 euros la paire classique, les Louboutins sont devenus l’accessoire de la roturière qui rêve de devenir princesse.

500 euros, c’est un prix bâtard. C’est beaucoup et en même temps c’est peu. Avec plus ou moins de sacrifices, tout le monde peut lâcher 500 euros.

Pour certaines, ce sera plusieurs mois à manger des pâtes et à rester à la maison le samedi soir. Pour d’autre ce sera deux passages chez le coiffeur en moins ou un prêt a la consommation.

La paire de Louboutin c’est l’accessoire dont rêve la fille un peu fade, un peu commune, un peu plus simple qu’elle n’aimerait l’être. Celle qui – devant son miroir – essaye de se convaincre qu’elle est au dessus des autres, au moins un peu. Celle qui aspire à devenir comme ces héroïnes de séries TV américaines : brillantes, drôles, grandes, minces et populaires.

Avec 10 cm de plus, je serais 10 cm plus charismatique, plus belle et plus intéresante…

Aujourd’hui, les caissières mettent de côté pour acheter leur paire. Je dis cela sans aucun mépris, c’est juste vrai. Demandez à la blonde avec de grands yeux bleus au Monoprix de St Michel, elle m’en parlait encore la semaine dernière. Elle fait des heures sup’ pour s’offrir ces 10 cm à la semelle rouge. Elle est profondément attendrissante.

J’aime bien regarder mon amie se balader en Louboutin quand elle range son apart. Alors que je conclus ce billet, elle met son linge sale dans un grand sac Louis Vuitton, pendu nonchalamment à la vis de son radiateur.

« C’était celui de la mère. Je ne peux plus le porter aujourd’hui, ma femme de ménage a le même…« .

Elle a la candeur et l’arrogance de ces jeunes filles aisées.

Le processus est toujours le même. Les riches décident de ce qu’il faut acheter. Exhibent leurs trouvailles le temps que les pauvres économisent. Puis l’objet, tant désiré par le peuple devient vulgaire / démodé / commun… parce que le peuple s’y est intéressé. Que la plèbe a osé se l’approprier.

Ça doit vraiment foutre les nerfs d’être pauvre.

Photos : Maxtine.
Correction : Justine


Posté le par Guillaume Natas dans Aisance en Médisance 68 Commentaires
[an error occurred while processing this directive]
[an error occurred while processing this directive]
[an error occurred while processing this directive]