Partir, la nuit

Lorsque je suis mal quelque part, que les choses ne se passent pas comme j’aime, que je me sens fiévreux et que la perspective de rester, encore un peu, me semble être la plus pénible des options, je pars.

Même quand il fait nuit. Surtout quand il fait nuit.

Partir plus tôt que prévu, se jeter vers le dehors pour rentrer chez soi est une des choses qui me grise le plus. La chose qui me grise le plus.

D’un état de malaise et d’aigreur, je passe à une euphorie des plus délicieuses.

Le processus est toujours le même.
D’abord, l’idée naît : je veux me casser.
Doute, puis calcul : il me faudrait peut-être marcher deux heures pour arriver ne serait-ce qu’a avoir un taxi.
Durant un instant, abandon. Mais l’idée revient, comme un boomerang.
Seulement deux heures.

Je décolle.

Il y a de ces sensations de liberté qu’aucune drogue ne peut vous offrir. Quand je pars, je ne suis plus fatigué, je sens le vent sur mon visage, j’ai les yeux partout, je suis concentré, heureux, créatif et déterminé.

Partir seul, c’est s’offrir une parenthèse hors du temps. Quelques heures volées d’extrême lucidité. Un rendez-vous avec soi-même.

Une coupure, ou il m’est arrivé d’oublier que j’étais et de me laisser porter par mes pas et mes pensés : automatiques, doux, sur d’eux.

Essayez.

J’ai toujours chéri ses moments uniques et solitaires.

Et l’autre soir, j’ai constaté qu’à deux, c’était encore meilleur.