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Parfum

Je suis un garçon sensible aux odeurs.

Mon incapacité à me repérer dans l’espace et dans le temps semble avoir été rééquilibrée par un sens très pointu de l’odorat. Petit j’associais à chaque lieu que je visitais une collection d’odeurs.

Le manoir des Natas existe dans mon esprit comme un riche panel de senteurs bien avant d’être ce petit château à l’architecture gothique et aux planchers qui craquent. D’abord je sens les pivoines colorées et enivrantes, plantées sur le chemin de l’allée d’honneur. Ensuite vient l’odeur du bois et de l’ambre : le hall d’entrée. Les sous-terrain – dans lesquels j’aimais me perdre et me cacher – sentent le liège et le renfermé, mais au travers d’une atmosphère toujours fraiche, unique. Aujourd’hui, la chambre de ma soeur Lola sent le plastique et le carton qui a vieilli, mais avant, cette pièce sentait la rose et le maquillage. L’odeur la plus marquante, la plus pénible est celle de la buanderie – je disais la puanterie – qui empeste le linge humide, la lessive et l’adoucissant réglissée. Une odeur qui colle à la peau et qui fait tourner la tête.

Lorsque j’ai commencé à fumer, mon nez s’est endormi, pour renaitre aujourd’hui, un an et demi après ma dernière cigarette. Depuis, je me suis mis en quête d’un parfum pour moi. D’une identité olfactive qui me serait propre, d’une fragrance que je porterai et qui m’incarnerai.

Je me suis éloigné des parfums de grandes marques : Chanel, Dior ou Hermes, parfois subtils, mais trop répandu pour me mériter. J’ai cherché du côté des parfums rares et chers. Rien à mon goût dans la collection privée de Armani (pas assez complexes) ni chez Serge Lutens (trop d’encens). Je suis passé au niveau supérieur, les parfums que l’on appelle « jus », ceux que l’on importe, ceux à plus de 7000 euros le litre, ceux que l’on teste dans des laboratoires dont l’accès est interdit à toute personne déjà parfumée et dans lesquels se trouvent des essences dune infinie subtilité. J’ai senti des grains de café pour réinitialiser mon nez, parfois saturé par trop de saveur et d’odeurs. J’ai cherché et cherché.

Et le mois dernier, le « nez » chargé de m’assister dans ma quête du parfait parfum agite comme cent fois auparavant un petit mouchoir de soie préalablement parfumé à quelque centimètre de mon visage. Cette fois, c’était le parfum de mes rêves. Presque.

Une note de tête lactée et légère laissant place à un poivre blanc fort et sincère qui cache un miel tendre et discret.

J’ai d’abord aimé, puis j’ai senti la réglisse. Comme dans la « puanterie », la note de trop, celle qui gâche tout.

Savez-vous que les grandes maisons de parfums permettent aux clients qui le souhaitent de changer certains composants d’un jus ? C’est un peu cher, mais j’ai pu changer le réglisse par du café. Un arabica corsé qui se marie subtilement avec le poivre blanc.

Un parfum unique, sur mesure et délicieux. Je le porte depuis trois jours.

Daniel Convenant – Souvenir d’un parfum


Posté le par Guillaume Natas dans Chronique Égocentrique 8 Commentaires
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