Et si on sauvait la Télé ?

Lorsqu’on allume la télé, on a trop souvent l’impression de regarder un programme pour mongoliens.

Soyons réalistes, le niveau des programmes TV n’a jamais été aussi bas et continue à piquer du nez, lorsqu’une nouvelle merde vient chasser celle qui nous avait laissé penser quelques mois plus tôt qu’on avait – cette fois – forcément touché le fond.

Aujourd’hui, le fond comme la forme sont au service de la médiocrité et du débilisant. Afin de remédier à ça j’ai imaginé 4 règles pour relever le niveau.

1 – On arrête de répéter, répéter, répéter

C’est devenu tellement commun de nous gaver comme des oies à foie gras avec des images en boucle qu’aujourd’hui, on ne s’en rend même plus compte. Pourtant, certaines émissions passent la même séquence quatre ou cinq fois. L’exemple parfait du phénomène est le – dégoulinant de condescendance -   »Tous ensemble » (une équipe de bénévoles vient retaper la maison insalubre d’une famille qui a une histoire difficile, genre le père est mort ou tétraplégique) :

  • Au tout début du programme, on nous montre pendant plusieurs minutes des moments clefs de l’émission, réduisant ainsi toute possibilité de surprise ou de rebondissement. On voit même quelques images du résultat final.
  • Avant la première coupure pub, on a droit à une séquence « ce que vous venez de voir et ce qui vous attend« , qui est sensiblement la même que celle du début de l’émission, mais avec encore plus de spoilers de la suite.
  • Après la coupure pub, une troisième capsule est imposée au téléspectateur qui résume ce qu’il s’est passé avant la pub… Toujours les mêmes images et la même musique de merde.
  • Répétez les deux points précédents pour les deux autres coupures du programme.
  • Vomissez un peu.
  • À la fin de l’émission, le spectateur lobotomisé a droit au résumé de ce qu’il vient de voir. Un retour sur les étapes du retapage de la maison. Un vrai bonheur.

Ce procédé me donne l’impression qu’on me fait manger puis vomir, puis manger mon vomi, et ce plusieurs fois d’affilée. C’est pervers comme technique, car d’une part, ça dé-stimule totalement le spectateur, ne laissant aucune place à l’imagination ou à la surprise, mais en plus ça permet de meubler et de tenir un programme de deux heures avec à peine une heure quinze d’images. #Astuce #Fist #TaMère

L’idée serait donc d’interdire au sein d’un programme de diffuser deux fois ou plus la même séquence. Tout simplement.

2 – On rationne les thèmes des docus-poubelle

Plus aucune chaine n’est épargnée. Les reportages sur des gens sous-ordinaires dans leur vie quotidienne, souvent affligeante, ont le vent en poupe depuis des années. C’est une thérapie par le pire : on regarde les autres galérer plus que nous et ça nous rassure. Mais même si tout le monde semble s’y retrouver, ce n’est pas saint de saturer les ondes avec des Belges et des sudistes exhibitionnistes, filmés en train de s’engueuler, de pleurer sur leur sort, de pratiquer leur passion insolite ou de s’engluer dans leur propre merde.

Preuve qu’on a fait le tour et qu’il est temps d’agir, ça fait dix ans qu’on se tape en boucle les neuf mêmes thèmes :

  • J’ai une passion de beauf (le tuning, le bowling, collectionner des trucs inutiles)
    • et j’y consacre tout mon argent
    • et elle passe avant ma vie de famille
  • Je suis un(e) fan-hardcore d’une célébrité ringarde (Johnny, Claude François, Patrick Bruel, Frédéric François)
    • et ça me ruine
    • et ça ruine mon couple
  • J’ai eu un enfant jeune (pas jeune 25 ans… jeune 14 ans)
    • et le père est parti
    • et du coup, mes parents m’ont foutue à la porte
  • Je suis excessivement jaloux / jalouse.
  • Je me trouve beau, je pense que je suis le meilleur (en réalité je suis un débile léger qui peine à conjuguer le verbe pouvoir).
  • Je suis gros / grosse et je veux perdre du poids (mais je n’y arrive pas alors je pleure)
  • J’ai un défaut physique bien humiliant (nain, roux, manchot)
  • Nous sommes une famille nombreuse vivant dans la crasse grâce aux allocations familiales.
  • Je suis déscolarisé et je passe mes journées à mettre du gel dans mes cheveux, à chatter sur facebook, à taxer du fric à ma mère et à la traiter de sale pute.

L’idée serait d’autoriser, pour chaque thème, la diffusion d’un reportage par an ou tous les deux ans. C’est déjà beaucoup pour se conforter dans l’idée qu’il y a plus moche, plus pauvre, plus con et plus chômeur que soi.

À terme, on interdirait totalement ce type de reportage pour les remplacer par des portraits de gens intéressants pour autre chose que leurs problèmes de CSP– sous diplômés.

3 – On arrête de se faire monter comme des ânesses

Ardisson le pratique depuis des décennies, mais aujourd’hui, il est monnaie courante à la TV : le montage abusif. Bien pratique pour faire dire n’importe quoi à n’importe qui, ou pour – dans les télé-réalités d’enfermement, par exemple – attirer la sympathie du public sur tel ou tel candidat. Malhonnêteté pure, c’est intolérable et dans d’autres circonstances on appelle ça de la propagande. #Godwin.
Il serait normal de donner un droit de regard et de demande de non-diffusion, sur le montage final aux gens qui en sont la cible. Ce serait évidemment un beau bordel et ce serait inapplicable dans certains cas. Ça veut dire que Secret Story deviendrait illégal ? C’est cadeau.

4 – On parle français

Dans les livres, il n’y a pas de fautes de français. Et les livres ont fait leurs preuves, depuis un certain temps maintenant, autant dans le divertissement que dans l’enrichissement culturel.
Ne devrait-il en être de même à la TV ? Certes, cela veut dire que l’on condamne au silence une partie importante de la population, mais qu’avons-nous à foutre de l’avis de gens qui ne savent pas conjuguer le verbe « savoir » ? Rarissimes, les fautes de français devraient être sous-titrées. Ce serait tout aussi cohérent que l’interdiction, effectivement de diffuser de l’anglais non traduit.
Ça pousserait aussi certains à apprendre – enfin – à parler correctement français. Double effet bonus.
Si vous avez des copains aux CSA, envoyez leur mon billet.
Guillaume Natas
Posté le par Guillaume Natas dans Aisance en Médisance 20 Commentaires

Qu’avons-nous fait à Loana ?

Je tombe sur cette photo de Loana dans Entrevue. On dirait qu’elle est morte et pourtant on sent les heures de retouche sur le cliché. Même Photoshop n’a pas su remettre de la vie dans son regard d’huitre.

Loana, c’est notre croix. Tous ceux qui ont déjà regardé, même une minute, une émission de télé-réalité doivent se considérer comme un de ses bourreaux. Chacun de ses passages TV, chaque fois qu’elle est évoquée dans la presse people, on la démolit un peu plus. À un moment, Loana se défonçait au décapant pour jantes. Une fois, les pompiers l’on trouvé en bad-trip dans sa baignoire et ont mis plusieurs minutes à comprendre qu’elle n’était pas morte. C’est ça le quotidien de Loana aujourd’hui : faire une émission TV, essayer de se suicider, dire qu’elle remonte la pente et recommencer.

Dernièrement, elle arrivait à peine a aligner deux mots, mais elle a quand même une petite chronique dans « Les anges de la téléréalité« , comme si la TV voulait s’excuser auprès d’elle, à l’image de ces PDG qui placent leur fils mongolien à la tête d’un petit service dans leur multinational.

Loana est ce qui se rapproche le plus, en France, du monstre de foire. On la sort de temps en temps, on lui pose des questions simples et parfois elle arrive à répondre un peu, elle dit qu’elle souffre, qu’elle aimerait être animatrice télé, qu’elle aime bien mettre des lentilles bleues parce que c’est joli et qu’elle regrette d’avoir abandonné sa fille.

Je pense que juste pour Loana, il aurait fallu que le TV-réalité n’existe pas, pour ses 10 tentatives de suicide, pour son visage amoché, pour ses espoirs brisés. Après avoir été gogo, elle aurait pour devenir coiffeuse. Elle aurait été bien, dans un petit salon, à papoter avec des clientes.

Aujourd’hui, en plus d’être moquée de tous, méprisée et régulièrement humiliée, elle est endettée auprès du fisc. Putain, dur.

Je pense que ses jours sont comptés, d’ailleurs j’ai un pari sur sa tête : qu’elle serait morte avant Johnny Halliday.

Loana, c’est même pas un vrai prénom, on dirait un pseudo, un surnom. Loana n’aura jamais vraiment été personne et le jour ou elle ne se ratera pas, elle tombera dans l’oubli plus vite que n’importe qui, malgré toutes les télés qu’elle a pu faire.

RIP

Posté le par Guillaume Natas dans Aisance en Médisance 44 Commentaires

La boule de bowling

Un type : Aujourd’hui, je n’ai plus que le bowling dans la vie.

Il est 23h41, je suis au comptoir d’un bar bien moisi. Celui dans lequel je traine précisément pour les énormités que je peux y entendre. Sauf que cette fois,  j’ai entendu une phrase qui surplombe de très haut mes espérances en matière de . Chercheur d’or, je viens de trouver le filon de ma vie. Je pose mon verre, je fais pivoter sur mon siège, toise l’homme de dos qui vient de prononcer ces 10 mots, j’attrape son épaule.

Guillaume N. : Racontez-moi, monsieur. Tout de suite.

Le type se tourne. Il est chauve et porte un t-shirt « France 98″.

Le type : J’ai toujours rêvé d’avoir une boule de bowling à moi. Comme dans les films américains. J’aimais bien le bowling, mais tu vois, quand je devais choisir ma boule, c’était jamais exactement comme il fallait. Parfois je tombais sur une boule trop grosse, parfois sur une boule avec des trous trop petits… Ça me rendait agressif, du coup, parfois, je tapais sur ma gosse.

Guillaume N. : Interessant.

Le type : Un jour j’ai passé le cap, je suis allé m’acheter une boule rien qu’à moi. C’était comme un rêve. Dans le magasin, j’ai pu m’en faire faire une sur mesure. Rien que pour mes doigts. Rien qu’a moi. J’ai pu choisir le poids et la couleur. Elle était jaune, avec des paillettes. Et puis c’était la mienne, neuve, lisse… Rien à voir avec celles qu’on trouve dans les bowlings. Putain, cette boule de bowling, c’était quelque chose.

Guillaume N. : Et ensuite ?

Le type : J’ai beaucoup joué avec. Il fallait la « rentabiliser ». Le vendredi, c’était bowling, le samedi aussi. Tu sais que le bowling c’est plus cher le Week-end ? C’est des salops. Ça commençait à me couter cher. Mais j’avais une carte de fidélité. Toutes les 10 parties, j’en avais une gratuite. J’ai arrêté de m’occuper de ma gosse. Ça avait pas l’air de lui manquer.

Guillaume N. : Ah oui.

Le type : À la fin, j’étais sur le tableau des hi score de chaque piste. Jamais en premier. En premier, c’était toujours le même : Nicolas. C’était tendu entre lui et moi. Il avait plus d’argent, il jouait plus. Une fois je l’ai vu dépenser plus de 50 euros en une soirée. Le malade. Je pouvais plus suivre.

Je n’ai jamais rien entendu d’aussi chiant que cette histoire. C’est un délice.

Le type : J’étais prévoyant. J’avais un livret A pour les études de la petite. Mais elle était pas très « école » alors j’ai sorti un peu pour le bowling. Juste un peu. Puis tout. Mais il fallait que je sois en tête, au moins une fois. Et puis il y a eu cette fameuse nuit.

Guillaume N. : Je veux savoir.

Le type : On était sur des pistes à côté, Nicolas et moi. C’est-à-dire qu’on utilisait le même retour de boule. Moi je jouais avec ma belle boule. La mienne. Sauf qu’à un moment, Nicolas l’a prise. Ma boule. Et il a fait un strike avec. Putain j’aurais préféré le voir baiser ma femme.

Guillaume N. : Merde…

Le type : J’ai attendu que la boule revienne et je lui ai fracassé le crane avec. J’ai pris trois ans. Je viens de sortir. Ma femme est partie. Avec un mec qui s’appelle Nicolas. Pas le même, pas celui de bowling. Mais j’ai plus rien. À part le bowling.

Magnifique.

Posté le par Guillaume Natas dans Chronique Égocentrique 20 Commentaires

Parfum

Je suis un garçon sensible aux odeurs.

Mon incapacité à me repérer dans l’espace et dans le temps semble avoir été rééquilibrée par un sens très pointu de l’odorat. Petit j’associais à chaque lieu que je visitais une collection d’odeurs.

Le manoir des Natas existe dans mon esprit comme un riche panel de senteurs bien avant d’être ce petit château à l’architecture gothique et aux planchers qui craquent. D’abord je sens les pivoines colorées et enivrantes, plantées sur le chemin de l’allée d’honneur. Ensuite vient l’odeur du bois et de l’ambre : le hall d’entrée. Les sous-terrain – dans lesquels j’aimais me perdre et me cacher – sentent le liège et le renfermé, mais au travers d’une atmosphère toujours fraiche, unique. Aujourd’hui, la chambre de ma soeur Lola sent le plastique et le carton qui a vieilli, mais avant, cette pièce sentait la rose et le maquillage. L’odeur la plus marquante, la plus pénible est celle de la buanderie – je disais la puanterie – qui empeste le linge humide, la lessive et l’adoucissant réglissée. Une odeur qui colle à la peau et qui fait tourner la tête.

Lorsque j’ai commencé à fumer, mon nez s’est endormi, pour renaitre aujourd’hui, un an et demi après ma dernière cigarette. Depuis, je me suis mis en quête d’un parfum pour moi. D’une identité olfactive qui me serait propre, d’une fragrance que je porterai et qui m’incarnerai.

Je me suis éloigné des parfums de grandes marques : Chanel, Dior ou Hermes, parfois subtils, mais trop répandu pour me mériter. J’ai cherché du côté des parfums rares et chers. Rien à mon goût dans la collection privée de Armani (pas assez complexes) ni chez Serge Lutens (trop d’encens). Je suis passé au niveau supérieur, les parfums que l’on appelle « jus », ceux que l’on importe, ceux à plus de 7000 euros le litre, ceux que l’on teste dans des laboratoires dont l’accès est interdit à toute personne déjà parfumée et dans lesquels se trouvent des essences dune infinie subtilité. J’ai senti des grains de café pour réinitialiser mon nez, parfois saturé par trop de saveur et d’odeurs. J’ai cherché et cherché.

Et le mois dernier, le « nez » chargé de m’assister dans ma quête du parfait parfum agite comme cent fois auparavant un petit mouchoir de soie préalablement parfumé à quelque centimètre de mon visage. Cette fois, c’était le parfum de mes rêves. Presque.

Une note de tête lactée et légère laissant place à un poivre blanc fort et sincère qui cache un miel tendre et discret.

J’ai d’abord aimé, puis j’ai senti la réglisse. Comme dans la « puanterie », la note de trop, celle qui gâche tout.

Savez-vous que les grandes maisons de parfums permettent aux clients qui le souhaitent de changer certains composants d’un jus ? C’est un peu cher, mais j’ai pu changer le réglisse par du café. Un arabica corsé qui se marie subtilement avec le poivre blanc.

Un parfum unique, sur mesure et délicieux. Je le porte depuis trois jours.

Daniel Convenant – Souvenir d’un parfum

Posté le par Guillaume Natas dans Chronique Égocentrique 8 Commentaires

Ogilvy tente un buzz avec des SDF

Edit : L’agence a publié une « interview-réponse ». Je ne suis pas convaincu. Vous pouvez la lire ici.

 

L’agence Ogilvy vient de mettre en ligne une vidéo qui m’a laissé quelque peu perplexe.

On y voit les créatifs de l’agence prenant en charge… des SDF… en customisant leurs panneaux en carton.

La vidéo commence par le monologue (sous titrés en anglais) d’un SDF qui nous parle de ses rêves : « Moi les rêves, je laisse ça aux autres ». Vues de Paris. Gros plan sur son visage, sur ses chaussures trouées.

Une voix off (en anglais) nous annonce alors qu’aucune agence n’a encore aidé directement les SDF parisiens. Apparais ensuite : « We are Proud to annonced 18 new clients ». Suivi du nom de ces SDF, monté à la manière d’un reality-show.

À la moitié de la vidéo, on rentre dans le vif du sujet. La musique change et devient rapide, rythmée… Apparait un créatif en plein travail. On comprend qu’il planche sur le panneau pour clochard de demain.

Équipé de petites fentes, il permet de former des mots avec des pièces ou de terminer une image. Par exemple, avec 10 pièces de 20 centimes, on peut former le toit d’une maison. Pas con. ;p

Complices, les créatifs vont ensuite montrer leur travail à des clodos.

Conclusion de la vidéo : « Sans dépensé un euro, nous avons permis à Michel d’obtenir une part de pizza, à Bernard un café, à Paul un sourire et à Robert une douche.

Bon. Cette fois, je pense que c’est bon. On touche le fond.

Parmi les opérations dégueulasse, démago et racoleuse, personne n’était jamais allé aussi loin. Quelle condescendance ! Quel mépris. Qui a bien pu avoir une idée aussi cynique ?

« Pour aider les SDF, nous allons mettre nos créatifs au service de leurs petits panneaux en carton ? Puis nous allons filmer tout ça, sous-titré en anglais et montrer au monde à quel point, nous sommes cools et humains. »

Qui peut tomber dans le panneau ? Les Américains ? Peut-être, mais surement pas parisiens.

Comprenez-vous que votre démarche pseudohumaine envoie comme message que le statut du SDF qui vit DANS LA RUE, c’est normal. Que la bonne idée pour leur venir en aide c’est de rendre plus hype leur mendicité ? Mais sérieusement, vous êtes des mongoliens ? Vous n’avez aucune pudeur ? Aucune décence ? Et vous osez diffuser cette merde sur Internet, en vous félicitant de votre belle démarche ?

Mon dieu. Je serais pétrifié de honte à votre place. Vous venez de justifier tout le mépris que le monde a pour votre monde de créatifs et de marketeux pédant et hors de toute réalité. Tenter de faire un buzz avec des SDF, c’est vraiment très très sale. Faire la manche, ce n’est pas un jeu, ce n’est pas drôle…

Je vous souhaite le bad-buzz de votre vie.

Vous m’écoeurez.

 

La vidéo en question :

Chiche de lacher un euro au resto du coeur pour chaque vue de votre jolie vidéo ?

Posté le par Guillaume Natas dans Aisance en Médisance 50 Commentaires