Régis

Régis est tout vieux, il a de grosses poches sous les yeux. Son truc, c’est de charmer des petites parisiennes. Mais Regis ne sait pas trop faire, il est maladroit, flippant parfois… Mais quand il regarde les photos de ces filles qu’il a malgré tout réussi à avoir en « friend », il sent sa bite gonfler dans son slip kangourou. C’est douloureux. Alors il leur parle, il fait semblant de s’intéresser. Tout ce qu’il veut c’est une réponse, un dialogue, peut-être une rencontre, un café. Il sait qu’il n’aura pas de sexe. Il y a renoncé depuis longtemps.

Régis a 40 ans et sa vie est à chier.

Une fois, j’ai vu Regis en vrai. Il sentait mauvais, la transpiration d’aisselle, le laisser-aller et la solitude. Il ne parlait pas beaucoup, il souriait timidement et évitait mon regard. Il avait un gros poireau sur le visage. Il faisait timidement des compliments à ma copine. J’étais mal à l’aise pour lui. Plus tard il sera un peu agressif avec moi, mais sur Internet seulement. Il me bloquera, feintant le mépris pour ne pas avoir à répondre au : « Vieux pervers dégueulasse » que je lui avais lancé.

Régis a été abimé par les femmes. Souvent amoureux, toujours trompé, trahi. Ingénieur, il traine sur Internet depuis des années, il parle avec des filles. Il joue au sage, il donne des conseils et fait des sous-entendus un peu salaces quand vraiment, il ne peut plus se retenir.

Régis est seul, ça se sent par tous ses pores puants. Il est gentil au fond, il aimerait juste être un gentleman, être charismatique, oser rentrer dans le lard des gens en vrai et plaire aux femmes, plaire aux filles. Ne plus être celui qui perd à tous les coups. Que quelqu’un le considère… ou au moins fasse attention à lui.

Posté le par Guillaume Natas dans Aisance en Médisance 5 Commentaires

Kebab, ta mère la pute

Le kebab se fout de ta gueule. De bout en bout. Tu commences par la viande. Cette espèce de brochette géante. Ça choque personne ? On est à l’aise face à cet amas de chaire dégoulinant ? On se dit, décomplexés : « Tiens, je me taillerais bien un sandwich là-dedans » ? Impossible. Mais ce qui me choque, c’est l’absence de tout effort pour sembler sain. Les nuggets de poulet par exemple, on sait que c’est de la merde rose teinte, parfumée et panée, mais au moins, l’effort est là, ça ressemble vaguement à des pièces poulet. Le kebab, c’est 40 kilos de viandes en forme d’entonnoir qui transpire sur une broche qui tourne. Et les gens font la démarche de s’arrêter et payent pour bouffer ça.

Les marchants de kebab sont tous les mêmes, quel que soit le pays. Il n’y a pas de gammes, pas de bonnes adresses, les prix sont scandaleusement allignés et la commande commence toujours par la même question : salade, tomate, oignon ? Explication : en plus de la viande atroce, on peut ajouter des garnitures rudimentaires au sandwich, en l’occurrence de la salade, des tomates et des oignons. Quelle importance ? De toute façon, ce sera dégueulasse. Donc mollement, on répond oui. Ou alors on prend juste salade et tomate. Bref, on a l’illusion du choix alors qu’en réalité, on est rien d’autre qu’un pauvre connard.

Le mec du kebab se met alors à racler le pain de viande, devant toi, comme pour te dire : « Hey, fils de pute, regarde la merde que tu vas bouffer ». Il utilise parfois avec une sorte de scie circulaire pour que ce soit moins difficile. Il compose le sandwich en se curant le nez ou en passant la main dans ses cheveux. On est plus à ça près quand on est incapable de dire de quel animal vient la viande qu’on s’apprête à bouffer. Vient alors un moment d’un autre monde : le mec met des frites dans le pain. Ça n’existe pas un sandwich dans lequel on met des frites, et puis du coup ça déborde de partout. C’est plus vraiment un sandwich si tu peux pas le manger à deux mains. L’aberration totale : des frites. Et tout le monde trouve ça normal.

Pour emballer le tout, on utilise une boite en polystyrène. Le kebab est le seul truc agroalimentaire qu’on stocke dans du polystyrène. Là encore, on fait comme si on n’avait rien vu, comme si on n’avait pas conscience qu’on était sur le point de s’enfiler un truc tellement gras qu’on s’est résigné à essayer de le stocker dans du papier.

Dernière énigme : la raison pour laquelle certains disent «grec», alors que c’est turc. Mais c’est pas grave, on est plus à une aberration prêt. Certains vont donc « au grec » (enculons la langue française en passant) entre amis ou entre collègue. Moins en famille. Je crois. Il y a une culture « grec », des petites traditions, comme serrer la main du cuisinier (qui est aussi caissier et plongeur) en arrivant. C’est convivial, on se sent VIP.

Et pour couronner le tout, les vendeurs de kebab sont PARTOUT. Il y a des rues entières de vendeurs de Kebab. Ils sont incroyablement nombreux, ça n’a aucun sens. Après ça, dites-moi, franchement, que le monde ne part pas totalement en couille.

Posté le par Guillaume Natas dans Aisance en Médisance 31 Commentaires

Ode a Grumpy Cat

Je l’aime tant, que je veux qu’il soit, quelques jours en tête de Trimtab.  Grumpy Cat.

J’aimerais que Grumpy Cat soit mon chat. Me réveiller tous les matins et voir sa mine renfrognée.

Grumpy Cat, tu es le premier même à me faire rire. Je t’aime fort fort fort. Tu es le meilleur des chats.

Chaque jour, plusieurs fois par jour, tu m’apportes une dose de bonheur. Grâce à toi, Grumpy Cat, j’ai arrêté de snifer de l’hélium. Longue vie à toi et merci.

Posté le par Guillaume Natas dans Aisance en Médisance 6 Commentaires

Névrose narcissique

Parfois, je tire alors la table du salon pour la plaquer contre le mur, celui avec le grand miroir. Je dine face à mon reflet.

J’adore, un vrai bonheur. Je me fixe.

À la lueur de quelques bougies, pour gommer les défauts et rendre les expressions profondes, je me fixe en train de boire, en train de mâcher, en train d’attendre que Théobald m’apporte la suite. Je me fixe en train de réfléchir, je me scrute, je m’admire et je m’aime.

Le narcissisme est le plus étrange de mes défauts, certains pensent que je le feins, que j’en joue, sans comprendre que lorsque je me vois, je n’arrive simplement pas à décrocher mes yeux de ce qui m’apparait comme la plus belle chose au monde.

J’ai conscience que c’est bizarre, peu rassurant quant à mon état mental. Mais je vis avec et quand j’en ai trop envie, je tire la table du salon – en prenant soin de ne pas abimer le parquet – et je m’offre un shoot, les yeux plongés dans mon propre regard.

Narcisse & Echo par David Revoy

Posté le par Guillaume Natas dans Aisance en Médisance 10 Commentaires

Mille Neuf Cent Quatre-Vingt-Cat

Nina, que je n’aie jamais connu autrement que calme et réfléchie, semble, ce soir, en colère et nerveuse. Je creuse un peu. Elle craque.

Nina : C’est mon nouveau chat. Je vis un calvaire.

Guillaume : Miaule-t-il trop fort ? Perd-il ses poils sur tes vêtements noirs ?

Nina : Non. Il est beau et gentil, mais c’est l’association dans laquelle je l’ai adopté. C’est la pire de toutes, celle avec les conditions les plus strictes. Ils s’en vantent d’ailleurs. Depuis, c’est un calvaire.

Guillaume : C’est à dire ? Ils t’on interdit de vendre ton chat à un laboratoire ?

Nina : Oui, entre autres. Déjà, pour pouvoir adopter, le mec est venu chez moi. C’est une sorte de geek flippant. Il a fouillé, regardé dans tous les coins pour déterminer si j’étais apte à avoir un chat. J’ai des chats depuis que j’ai 10 ans putain.

Nina a les larmes aux yeux.

Nina : Ensuite j’ai signé.

Guillaume : Pourquoi avoir signé ?

Nina : Parce que je voulais CE chat. Qu’il est trop beau. C’est mon chat.

Guillaume : Bon. Mais c’est fini.

Nina : Non. L’association reste propriétaire du chat pendant deux ans. Je n’ai pas le droit de le laisser sortir. Parce que dehors pour les chats, c’est dangereux.

Guillaume : Putain. Mais si tu le laisses sortir quand même.

Nina : S’il se perd et qu’un vétérinaire scanne sa puce, c’est l’association qu’il va appeler et eux, ils ne me rendront pas le chat. Ils m’ont prévenu. D’ailleurs ils peuvent passer n’importe quand chez moi. Hier, il est passé à 23h30. Il est resté 1h. Il voulait s’assurer que le chat n’avait pas la diarrhée.

Guillaume : Et au bout de deux ans ?

Nina : Au bout de deux ans, tu deviens enfin propriétaire de ton chat. Mais ils continuent à passer et tu dois les prévenir si tu déménages. Et quoiqu’il arrive, tu ne peux pas donner ton chat. Tu dois leur rendre.

Guillaume : Alors, ne t’attache pas trop à ce chat et le jour des deux ans, invite-les à déjeuner et sers leur le félin en rosbif. Ça les fera réfléchir sur leur attitude.

Posté le par Guillaume Natas dans Chronique Égocentrique 8 Commentaires