Mon premier Apéro Facebook

J’avais reçu la convocation quelques jours avant, celle que mes parents craignaient tant… Je dois être à Nantes, le 10 novembre.

J’annule mes rendez-vous, il me reste à peine quelques heures pour me préparer. J’achète un ensemble kaki, deux bouteilles de Ricard, une paire de Rangers, des gobelets en plastiques, un couteau à cran d’arrêt, un décapsuleur, deux 9mm et trois paquets de cacahuètes.

Le 10, je me lève à 4h00 du matin, une voiture noire aux vitres teintées m’attend déjà en bas de chez moi. C’est Momo et Totor, il vont aussi à Nantes, ils portent des cagoules noires et fument des gitanes sans filtres. Je met mes affaires dans le coffre, déjà débordant de munitions et de glaçons.
Pas un mot, dans la voiture, que l’odeur de la peur et du pastis…

On emprunte les petites routes « pour pas se faire choper« , on contourne les péages et on arrive, finalement, à Nantes en fin de matinée…

Les commerçants ont fermés leur rideaux, les riverains se cachent derrière leurs volets. J’entends à la radio que les Nantais ont fait tellement de provisions que leur Auchan a du fermer pour rupture de stock générale.

Personne dans les rues évidement, juste des voitures, comme la nôtre. Tout le monde attend. Tout le monde tremble. J’ai peur… et soif. Dans quelques minutes l’apéro va commencer.

Les premiers sortent des voitures et soudain, tout va très vites, ils y a des jeunes, ils boivent, juste comme ça, c’est horrible ! Ils boivent sans but. Ils ne soutiennent aucun parti politique, ne se rassemblent pas en vertu d’une passion musicale commune… J’ai honte de faire partie de cette jeunesse qui ose boire sans raison, de cette génération de rebelles sans cause.

Tout va très vite, trop vite, les gens hurlent de partout, trinquent, se tirent dessus. Durant tout l’apéro, des rumeurs fusent, certains seraient en garde à vue… Dans la nuit, le bruit court que quelqu’un est mort, moi je ne me souviens plus de ce moment là, j’étais à terre, inconscient.

A mon réveil, je suis de retour à Paris, rapatrié d’urgence, l’infirmière me dit que je vais m’en sortir, que j’ai eu de la chance, que dans les médias on ne parle que de nous… que la prochaine fois, il faudra faire attention avec l’Internet… c’est tellement dangereux…