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Le troisième trimestre sera comme les autres

Il y a des droits de réponse qui me donne envie de mordre, d’autres qui font avancer le débat…

Merci à Hugo, professeur au collège pour ce billet, qui répond à celui-ci.

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Plutôt que de demander un droit de réponse qui serait de toutes façons inapproprié et à contresens, j’ai envie de parler du point de vue des profs de collèges, des méprisés, des haïs, avant, maintenant, demain. Du haut de mon bac + 5, en baissant les yeux ou en levant la tête sur vous.

Pour comprendre les profs du collège, il faut parler du collège. Mais surtout de ses élèves. 

 

Cette horreur qu’est le collège

Le collège c’est le seul moyen que l’Etat Français mette à disposition des adultes pour tenter d’apporter des connaissances à des adolescents mal dans leur peau – les élèves.

Le problème de cette structure, c’est qu’elle admet (en France du moins) un certain nombre de règles qui transforment profs et élèves en ennemis acharnés d’une lutte débile. Deux au hasard :

- Il est totalement interdit de séparer les élèves selon leurs compétences, intérêts, facilités ou difficultés. Ce qui fait que les profs mettent en place une sorte de « cours moyen » qui ne convient que très rarement à tout le monde, et bien souvent à personne.

- Il est obligatoire de faire passer les élèves d’une classe à l’autre. Les résultats et appréciations deviennent donc de charmants petits nombres et commentaires qui n’auront d’importance que si la famille le veut bien. Ce qui devient de plus en plus rare.

Dans un système dans lequel on passe son temps à être sélectionné et menacé par la possibilité de l’échec, c’est un vrai problème qu’à la sortie, les élèves terminent en se disant que de toutes façons, on finira toujours par les rattraper. En fin de compte. C’est un peu comme entraîner quelqu’un à plonger du haut des chutes du Niagara en lui donnant des bains de pied.

Dans un collège c’est dramatique mais personne ne veut la même chose.

Les élèves, tourmentés par leurs hormones, virent gros boulets hypersensibles et les profs tentent de faire taire la frustration engendrée par des consignes de boulot débiles.

Alors bien entendu, comme on ne peut pas encore consommer de bromure à douze ans ou faire grève tous les quatre matins, profs et élèves finissent par s’en prendre les uns aux autres. Oui, dans ces moments-là, les adultes ont tort. Parce que même minimes, ce ne sont que ces dérapages qui resteront dans les esprits de certains élèves, et pas des activités sortant un peu du cadre abrutissant « cours magistral-exercices-punitions-devoirs ».

Pas évident de gérer des dizaines d’individualités ayant chacune leur spécificité. Toujours le même problème. Le cours médian.

 

Quand le conflit va trop loin, il reste le dernier recours du carnet. L’espoir que les parents et les profs vont parvenir à parler d’une seule voix. A prendre le cas d’un gamin à part, pour une fois. Mais quel pouvoir ont-ils ces mots-là ? Comment le brave fonctionnaire qui fréquente le gamin une poignée d’heure par semaine peut-il espérer lui expliquer sa légitimité ? Son désir d’apprendre, parce que mine de rien, on ne fait pas ce boulot que pour les vacances ? 

Le collège est une éternité pour un adolescent. Quatre an. Un tiers de sa vie. Qu’il faut à chaque fois tenter d’aménager de façon différente. Toujours avec les limites. Légales, horaires, budgétaire. Voyage, projet théâtre, atelier d’écriture. Auxquels toujours les mêmes participeront parce que bon, les autres savent que le collège, de toutes façons, c’est tout pourri, alors autant ne pas chercher à aller voir plus loin.

Trois fois par ans : le conseil de classe.

Le conseil de classe est l’un des événements les moins marquant du boulot d’enseignant. On fait le bilan du parcours des élèves, bilan que tout nouveau-né un peu évolué pourrait tirer en regardant les résultats. C’est d’un ennui mortel, ça n’apporte rien à personne, mais il faut bien faire bonne figure et donner l’impression qu’on assure une sorte de SAV des cours. On écrit les conseils que l’on ne cesse de rabâcher aux élèves. Aucune originalité dans les formules, de toutes façons, ce n’est pas sur une feuille A4 que l’on fera passer quoi que ce soit.

A la limite les jugés, les évalués, ce sont les profs et les personnels de direction présents, par les élèves délégués et les représentants de parents d’élèves.

Et aussi parce qu’on sait que tout le monde passera. Le conseil de classe, c’est le moment où tout le monde se fait écrabouiller par le rouleau compresseur absurde de l’Education Nationale, l’instant où le recueil de poésie mis en place par les élèves pour les élèves au CDI ne vaut pas un radis.

Malgré cela je continue à exercer ce que chacun considère comme le boulot le plus médiocre du monde, parce que chacun l’a fréquenté dans son enfance. Parce qu’en gros, je me carre moyen de ce qu’une bande d’acnéiques en rut peut penser de ma façon de parler, mon physique ou ma tenue vestimentaire.

J’espère juste que lorsqu’ils exprimeront tout le bien qu’ils pensent de moi, l’une des briques qu’ils me balanceront virtuellement à la gueule comportera deux grammes de mon mortier.


Posté le par Guillaume Natas dans Aisance en Médisance 9 Commentaires
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