Le point Giuseppe

Je pense que nous sommes nombreux à regarder des show de télé-réalité avec un regard amusé, sans y croire, sans s’impliquer et sans s’y intéresser plus que ça.

Alors, tout va de plus en plus loin, c’est certain. Il suffit de voir la baisse du niveau intellectuel des candidats de Secret Story, niveau qui était déjà bien bas, à chaque saison. C’est tant mieux, ils savent où ils vont, seront manipulés, filmés et ridicules. Nous, on s’amuse de leur bêtise, d’autres s’attachent à eux…

Récemment : « Qui veut épouser mon fils » fait beaucoup parler. Dernière évolution du Bachelor, télé-réalité de rencontre, plutôt élégante dans sa première version, qui a doucement glissé vers le sale et sordide, à travers « Greg le millionnaire« , « Mon Incroyable fiancé » et une bonne centaines de show du genre, notamment sur la TNT.

Pourtant, dans « Qui veut épouser mon fils« , il y a un problème, c’est Giuseppe, le quarantenaire italien, qui personnellement, ne me fait pas rire du tout. Giuseppe et sa mère sont des moins que rien, des gens sales et vulgaires, Marie-France, est monstrueuse, lui est détestable et pathétique derrière son élégance de nouveau riche. Leurs interventions dans l’emission sont sur-jouées, pas crédibles et pourtant, je serais étonné d’apprendre qu’il s’agit d’acteurs.

Ce malaise qu’ils dégagent représente pour moi le point ou la télé-réalité ne fait plus rire, où le grotesque et le pathétique cessent d’être divertissants. C’est le point Giuseppe. C’est lorsque le sourire s’efface et que, de dégout, on retrousse la lèvre du haut…

Dans « Qui veut épouser mon fils« , le point Giuseppe a été atteint lorsque pour faire connaissance avec les « prétendantes« , la monstrueuse mère leur donne rendez-vous dans le cabinet d’un chirurgien esthétique, et qu’avec tout le naturel du monde, le médecin et la maman demandent aux jeunes femmes de se mettre nue pour décider « ce qu’il y avait à changer ».

Cette scène est au dessous de tout, tout le monde est insulté et ridicule. Celle qui accepte que « pour plaire » – à un quarantenaire débile clinique – elle était tout à fait prête à se faire refaire la poitrine, celle qui refuse, mais qui reste malgré tout dans le show… et celle qui se prend en pleine gueule, sans ciller, qu’elle a un trop gros ventre pour mériter sa place de belle-fille.

C’était de loin la scène de trop, qui additionnée à toutes les autres, m’a fait prendre la décision d’éteindre la TV (ou plutôt TF1 replay, mais c’est un détail). Je pense sincèrement qu’il y a des barrières à ne pas dépasser dans l’humiliation des gens et le non-respect d’un être humain. Il y a quelques mois, dans « L’amour est dans le pré », deux jeunes filles ont orchestré l’humiliation de Freddy – un paysan d’un autre temps, gentil, totalement innocent et niais – c’était déjà, à mes yeux, un point Giuseppe. Ceux qui lisent ce blog connaissent ma tendance à la moquerie, mais là, franchement, c’était beaucoup trop facile…
On peut aller très loin, et nous, spectateurs, donnons notre caution à cette escalade, avec l’audience apportée.

Et pourtant, il va falloir que cela cesse, forcement, car les réalisateurs ne pourront pas indéfiniment repousser les limites du diffusible. Au nom de la préservation de l’espèce humaine et de notre fierté à tous, nous ne pouvons pas continuer à tolérer de telles inepties. L’excuse du divertissement allait un temps et a poussée les concepteurs à nous en offrir toujours plus. C’est nous qui avons poussé des moins que rien comme Giuseppe et sa mère à se montrer, se mettre en scène et exhiber leur vie de petits gens méprisables.

Aujourd’hui, j’aimerais vraiment que tout cela s’arrête.

J’ai arrêté de rire.

Si ce billet vous a interessé, lisez une autre réflexion sur la Télé-réalité postée il y a quelques mois : La fin des télé-réalité d’enfermement.