Faire disparaître un corps

J’en parlais avec mon père, il y a plus d’un an.

Père : Tu sais, des crimes parfaits, il y en a tous les jours… C’est dans les films qu’ils se plantent !

Guillaume : Ouais, je m’en doute. En vrai, on n’a pas trop le choix.

Père : Par exemple, Dexter, sur son bateau, il est bien gentil, mais avec ses sacs fermés, faut pas s’étonner que ça remonte. C’est une bonne technique de plomber un corps et de l’envoyer sous l’eau… mais avec le ventre ouvert. Comme ça les gaz remontent, mais pas le corps… Tu vois ?

Guillaume : Moi j’ai fait disparaître un corps de ma vie, c’était encore plus chiant.

Père : Oui, ça, c’est vraiment dur. La première étape, c’est de laver les draps.

Guillaume : Aujourd’hui, la première étape, c’est plutôt la purge des réseaux sociaux, des fichiers de photos, de tout ce qui est accessible avec un ordinateur et qui te saute à la gueule trois fois par jour.

Père : Comme le fond d’écran.

Guillaume : Voila, mais puissance 10.

Père : Et après du coup ?

Guillaume : Après tu changes les draps, tu lessives ton matelas et tu laves les serviettes de bains.

Père : Ah ! Tu vois, tu changes les draps !

Guillaume : Les filles laissent trainer des trucs partout, c’est sidérant. Tu penses avoir totalement effacé une ex et un jour, en déplaçant ton lit, tu tombes sur une barrette poussiéreuse, un chouchou…

Père : Et les téléphones portables ? Mon ex-femme, l’Anglaise, me laisse encore des messages, parfois, la nuit, quand elle est ivre… Pour ta génération ça doit être pire.

Guillaume : pire que tout. Tu ne peux pas vraiment faire disparaitre quelqu’un sans avoir changé de numéro de téléphone, mais c’est un peu la dernière étape, déjà parce que c’est chiant, mais surtout parce qu’il faut avoir, avant, banni tous les proches communs.

Père : Les dommages collatéraux. Effacer quelqu’un, c’est aussi effacer pas mal d’amis en général.

Guillaume : C’est grisant.

Père : Pas toujours.

Guillaume : Et c’est moins douloureux qu’un tatouage ?

Père : À faire enlever ? Tu as un tatouage ?

Guillaume : Un ami s’en était fait un sur le dos, il a douillé.

Père : Il l’a cherché. En tout cas tu verras qu’il y a des femmes que tu ne peux pas effacer : celles avec qui tu as eu des enfants.

Guillaume : Si. Mais on en revient au crime parfait.